La location d’un âne au long cours…un vrai sacerdoce !

Je ne pensais pas un jour devoir rédiger un tel article lorsque nous avons débuté notre activité voici dix sept ans maintenant, nous n’étions pas alors confrontés à une telle problématique; vous vous demandez, j’imagine, de quoi je vais bien pouvoir vous parler; Et bien, le sujet du jour, c’est l’évolution comportementale de nos clients au fil des ans, n’y voyez pas un procès contre les nouvelles générations, je me contente bien modestement de faire des constatations comme la très grande majorité de nos confrères âniers, qui font les mêmes, mais ne le disent pas toujours, du moins en public,  et l’écrivent encore moins pour des raisons que vous imaginez sans peine !  D’abord, commençons par le commencement, en quoi consiste notre activité d’ânier, quelles sont nos charges et nos obligations ? Faut il rappeler une évidence qui semble échapper à un nombre croissant de nos visiteurs aujourd’hui, nous gérons des êtres vivants du 1er janvier au 31 décembre, qu’il neige, qu’il pleuve, qu’il vente, nous sommes au service des ânes tout au long de l’année pour leur assurer leur espace vital, une nourriture satisfaisante, des abris et des soins de qualité (vétérinaire, maréchal ferrant, etc… l’âne n’est pas aussi rustique qu’on veut bien le dire). Tout cela a un coût, qui enfle démesurément au fil des ans et cette augmentation n’est pas compensée par le prix, encore dérisoire, de la location d’un âne. N’hésitez pas à comparer nos prix avec d’autres activités de plein air (qui ne gèrent pas du vivant) et vous serez vous mêmes surpris de l’écart qu’il peut exister et qui n’est guère en notre faveur; alors en lisant ces lignes, j’ imagine que vous vous demandez pour quelles raisons nous n’augmentons pas nos tarifs ? C’est pourtant simple, il y a aujourd’hui beaucoup d’âniers en France, l’augmentation de ceux ci a été exponentielle depuis deux décennies et un certain nombre d’entre eux n’ont rien trouvé de mieux que de pratiquer des prix dérisoires eu égard aux frais de fonctionnement d’une asinerie digne de ce nom, ils cassent les prix en proposant un service d’une médiocre qualité, mauvais matériel (bât, sacoches, etc…), animaux non formés à la rando, prestataires chargés de votre hébergement mal choisis, j’en passe et des meilleures…. car notre métier ne consiste pas seulement en la location d’ânes; pour ceux qui comme nous, proposent des randonnées au long cours, il y a tout un travail minutieux d’ organisation, du choix du parcours à celui de vos hébergements en passant par la réservation de ceux ci, mais il y a plus, nous nettoyons les sentiers et les chemins pour que vous puissiez randonner en toute sécurité, nous les balisons (ce travail qui devrait incomber aux communes traversées  et au Parc Naturel Régional du Morvan est loin d’être toujours fait …!), nous devons donc, avec de petits moyens, sans la moindre subvention aucune, pallier aux insuffisances des administrations et collectivités territoriales concernées. Mais ce n’est pas tout, nous faisons un vrai travail d’organisateur de randonnées, en proposant des séjours clés en main,  pour lequel nous ne sommes pas payés…ou alors très faiblement, c’est dommage de devoir insister sur cet aspect des choses mais l’expérience en la matière nous a appris que bon nombre de nos visiteurs n’avaient pas conscience de tout cela, venaient avant tout chez nous pour consommer, ce maître mot de notre temps…et de moins en moins pour partager une passion…je paie donc je suis !!! Ils se soucient fort peu de nos difficultés à faire exister une activité telle que la notre (voir nos billets d’humeur à ce sujet/cf « Coup de gueule » et « Pour un tourisme éco-responsable ») , nous voulons bien comprendre qu’il s’agit d’une dérive de plus en plus récurrente de notre époque, ou l’égocentrisme et  l’individualisme exacerbés tiennent lieu de devise pour tous et que le temps des vacances  de nos clients n’est peut être pas propice à une telle réflexion mais pour nous qui nous donnons corps et âmes  à notre activité au sein d’une association loi 1901 à but non lucratif, c’est parfois bien décevant. Mais revenons à nos moutons….devrai je dire à nos ânes, oui, nous sommes confrontés de plus en plus à des gens qui n’écoutent pas….ou alors d’une oreille très distraite, les consignes de sécurité, les conseils pour bien conduire un âne que nous pouvons leur donner pour mener au mieux leur randonnée car, chez nous, pas question de vous envoyer, votre barda chargé sur l’âne, en 15 minutes, montre en main, sur les sentiers lorsqu’il s’agit de votre première expérience dans ce domaine. Il y a plus grave encore, un nombre certain de personnes ont tendance à se voir plus « beaux qu’ils ne le sont » en nous disant qu’ils ont une grande expérience de la randonnée alors que malgré les conseils que nous leur dispensons plusieurs jours avant le départ (chaussures, vêtements de pluie, etc..), ils viennent totalement sous équipés, très souvent avec des chaussures légères, peu adaptées, faisant fi du parcours montagneux qu’ils vont emprunter sans parler du manque de discipline qui en voient  certains quitter leur hébergement à 11-12 H…voire beaucoup plus tard, pour effectuer des étapes qui peuvent parfois dépasser les 18 km. Bref, ce narcissisme galopant se doublant d’une inconscience rare, il nous faut les gérer ! Nous ne retrouvons plus l’humilité, à l’origine des bonnes pratiques , qui caractérisaient les générations précédentes…et c’est un vrai problème ! Et puis il y a parfois pire encore, il y a maintenant de plus en plus de gens procéduriers en diable qui n’acceptent plus la moindre contrariété, nous rendant responsables de tous les maux de la terre quand cela ne marche pas comme ils veulent, très souvent ils vous reprochent leurs propres insuffisances et défaillances, il  leur faut un bouc émissaire; par exemple, on nous rend  parfois responsable du temps qu’il fait si celui ci est mauvais parce qu’on ne supporte plus qu’un grain de sable vienne perturber le bon fonctionnement de la randonnée, cela parait dingue et pourtant je n’invente rien…! Pour l’anecdote,  quelques uns se permettent de nous dire que nos ânes n’ont pas toujours bien marché comme si ils avaient affaire à des machines (alors que nous avons vraiment des ânes faciles à manipuler, nous avons beaucoup travaillé pour qu’il en soit ainsi), le plus drôle dans l’histoire, c’est que ce sont les mêmes qui ont manifestement de sérieux problèmes d’autorité avec leurs enfants…or les ânes se conduisent comme des enfants; à l’époque de l’enfant roi, si on n’a pas les clés pour faire obéir sa progéniture alors on aura bien du mal à conduire un âne correctement.  CQFD. Un syndicat d’âniers, le plus important de notre profession, dénonce régulièrement et sans ambages les nouvelles dérives d’une certaine clientèle d’une exigence démesurée, friande d’assistanat et donc de moins en moins autonome. Quand je parle d’assistanat, je ne désigne en rien les classes sociales les plus démunies, contraintes pour certaines familles, de vivre de l’aide sociale,  bien au contraire, notre expérience de plus de quinze années d’organisation de randonnées nous a appris que cette forme d’assistanat est le plus souvent prisée par les castes dites « supérieures », comprenez aisées; ce sont les mêmes qui manifestent un tempérament procédurier de mauvais aloi…les « pauvres », eux, n’ont pas ce luxe ! Toujours est il que d’année en année, à notre grand désarroi, nos contrats s’alourdissent de clauses toujours plus nombreuses pour nous protéger de tels comportements immatures et agressifs, cela n’est bien sûr pas sans conséquences sur la passion qui nous anime pour valoriser cette activité. Pour conclure cette réflexion, je n’ignore en rien que ce cri du coeur découragera quelques clients potentiels qui pourront se reconnaître dans le descriptif que nous faisons de certains de nos visiteurs, si tel est le cas, cela nous ira bien !

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